Aux États-Unis et au Bénélux, des agences conseil en énergie accompagnent gratuitement entreprises et institutions afin d’améliorer leur impact environnemental. Les agences conseil offrent leur prestation et se rémunèrent a posteriori, sur les économies que les clients réalisent. La France saura développer ce principe d’économies d’énergies radicales, suite au Grenelle de l’Environnement. Reste à déployer un dispositif fiscal viable pour soutenir ces initiatives.
1. Le concept : une entreprise verte sans investir
C’est l’exemple des restaurants dans l’ouest américain qui débute en 2002 avec l’association Thimmakka. En confiance, des établissements s’engagent en faveur de l’environnement et apposent leur label en vitrine. C’est ainsi que fleurissent les labels « Thimmakka Certified Green Restaurant ». Aujourd’hui, près de 150 établissements ont apposé ce label.
Leur solution ? Remplacer les ampoules à incandescence par des diodes LED, qui consomment 4 à 10 fois moins d’énergie. Il en va de même pour la consommation d’eau avec les réducteurs de débit sur les robinets. L’association Thimmakka garantit que la facture d’énergie et d’eau sera réduite durablement dès les premiers mois.
Les PME/PMI, et la plupart des restaurants, n’ont que peu de trésorerie. De fait, ils ne peuvent pas investir. Thimmakka, comme d’autres organisations aux USA, font le choix d’offrir le matériel à leurs partenaires et de se rembourser sur les premières économies d’énergie générées.
30 années d’économies d’énergie
Avec cette approche simple pour travailler sur l’eau et sur les lumières, les entreprises économisent entre 1.000 et 2.000 euros par an. Par extension avec quelques outils supplémentaires on peut atteindre 50 euros d’économies par mètre carré et par an. Pour une surface de 200 m2, les économies arrivent à 10.000 m2. De fait, l’association Thimmakka se rémunère pendant 3 ans sur ces économies. Ensuite c’est l’entreprise qui récupère ces fonds économisés. Cela fait 30 ans que ces pratiques d’économies d’énergie existent en Amérique du Nord.
Aux USA il existe près de 1.000 entreprises de ce type, qualifiées d’ « ESCO » : Energy Service Companies. Ces entreprises sont apparues il y a plus de 30 ans, lors des 2 chocs pétroliers. Avec Thimmakka ce modèle tend à se déployer également en Europe.
Les ESCO permettent de faire diminuer les factures énergétiques des entreprises et des organisations publiques. Ce marché aux États-Unis est mûr, après plus de 30 ans d’expérimentations. Ainsi les ESCO mettent en place des contrats, qualifiés de Contrats de Performance Énergétique « CPE ». Ces contrats incluent des travaux d’amélioration du bâti, qui sont gratuits : remplacement des sources de chauffage, rénovation totale des lieux, isolation des bâtiments par l’extérieur. Les baisses de factures peuvent atteindre un facteur 40, soit 40 fois moins élevées qu’avant les changements. Les ESCO, par leur expertise, se confirment ainsi une rémunération. Le marché américain des économies d’énergies pour les ESCO représente un volume de 5 milliards de dollars.
2. Des pratiques solidaires en Europe, et du retour sur investissement
L’Allemagne, patrie européenne de l’écologie, choisit de rénover dans les années 80 tous les bâtiments publics. Avec une telle démarche innovante, ce chantier de 150 millions de dollars est un modèle qui sera déployé partout en Europe.
Après l’expérience allemande, la Belgique met en place un programme similaire en 2008. L’État belge créé une SA de droit public « Fedesco ». Fedesco, soutenu par l’État belge, emprunte 210 millions d’euros. Avec cet apport initial, l’État belge va rénover ses 8 millions de m2 de bâtiments publics en seulement 6 années.
Avec ce projet, la Belgique veut réduire sa consommation de 22%. Qui plus est, l’État belge veut travailler le ROI, comme les restaurants américains, dans une dimension plus industrialisée. Il est estimé qu’en 13 ans l’État belge générera 150 millions d’euros, permettant de dépasser l’investissement initial.
3. Solidarité, économie d’énergies et solutions françaises
Avec le Grenelle de l’Environnement, quels outils propose la France ? La première hypothèse porte à croire que le CPE peut être une solution pour rénover les bâtiments. Cet outil financier pourrait permettre aux entreprises comme aux particuliers de modifier leurs bâtis et leurs habitats.
En France, ce sont 120 millions de m2 de bâtiments publics, soit 15 fois la surface belge. L’Europe considère que le CPE est un outil financier destiné à économiser les énergies. Cependant, comment le rendre industrialisable pour toutes les institutions, incluant les mairies, les hôpitaux et les écoles ? Avec 40% de consommation énergétique en moins, et ce en seulement 8 ans, comment la France pourra tenir son objectif ambitieux et mettre en place cette opération majeure ? De fait, le CPE est un outil théorique qui n’est encadré par aucun décret.
Des changements radicaux à opérer en urgence
Pour accompagner ce changement, il n’y a que les grands groupes qui peuvent actuellement y passer. Un retour sur investissement (ROI) supérieur à 1:6 en environ 20 ans nécessite plus d’un million d’euros d’avance. De ce simple fait, le changement et le CPE ne pourraient s’appliquer qu’aux groupes, et donc sans les PME.
Jacques Chirac annonçait que « notre maison brûle » et qu’il y a urgence. Moins de 10 ans pour tout changer, moins de 100 mois selon les experts. Il n’y a cependant à ce jour aucune solution financière en France pour exercer ce changement. Restent les agences conseils qui pourront s’inspirer de l’initiative américaine pour l’adapter en France, avec tout l’art de la traçabilité qui lui convient.

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